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dimanche 11 mars 2012

Sonia Kaliensky, favorite des Dieux...(3 et fin)

Permettez-moi ce petit capriccio
en trois billets, histoire d'alléger votre lecture.
Remontez le temps. Entrez dans la peau du vice-commissaire Spinelli.
Vous êtes de service ce mercredi 6 février 1907, fin d'après-midi.



-Vous dites, Dottore?
-Je vous disais que ceux qui disparaissent dans la fleur de l’age sont les préférés des Dieux.
-Je ne vous savais pas familier d'Homère.
Pouvez-vous lui clore les paupières et m’aider à redresser la malheureuse. Il me semble qu’il y a quelque chose sous sa hanche droite. Une poupée...
Une petite poupée vêtue de rose.
-Dans le monde parisien, cette particularité porte un sens bien précis interrompt alors l’inspecteur Scarpa entré silencieusement dans la chambre.
-Un sens bien précis?
-C’est du moins ce que m’a affirmé Alazabal. Il reste encore quelques jours à Venise. Le temps du carnaval. A votre disposition, si besoin est.
Autre chose, Commissaire. Les brancardiers de la Croce Azzura demandent la permission d’enlever le corps pour la mortuaire.
-Très bien. Faites-les entrer, Scarpa. Qu’ils recouvrent la petite avec le peignoir peloté au bout du lit.
-Tenez, Spinelli, ce petit sac à main enfoui sous l’oreiller.
-Faites voir, Dottore. Une clé. Vraisemblablement celle de la malle. Plus intéressant, ce billet: “Pepi Strega, gondola 128, San Marco”.
-Commissaire, il y a là sur l'athénienne ce télégramme en français, adressé à une certaine Signorina Vieste, résidant à Dresde. Egalement ces deux lettres: une pour un baron Bruelberg à Stockholm et l’autre pour le consulat de Russie. Elle implore le Consul de prévenir sa mère de sa mort. Per amore ... pour un amoureux bien connu d’elle, a-t-elle écrit. Et voici une photo. Probablement celle de l’homme responsable de ce beau gâchis.
-Montrez voir Scarpa.
Si vous en avez terminé ici, faites mander Monsieur le Consul De Soundy et retrouvez-moi ce Strega. Même si l'affaire semble évidente, ce gondolier pourra peut-être nous en dire davantage.
-A vos ordres, Commissaire!

Je me dirige vers la fenêtre.

L’homme de la photo est élégant. Le teint ardent. Les yeux de bistre. La moustache souriante. Une signature: Eduardo Garcio.

San Giorgio Maggiore a disparu. Quelques fanaux s’agitent et se croisent sur les eaux du Baccino. En bas sur le quai, j’aperçois les brancardiers quittant le Danieli. A peine si quelques badauds jettent un regard distrait sur la civière recouverte du peignoir de Sofia Kaliensky, noble russe de vingt et un an.

Je reste là, roide.
La nuit drape à présent entièrement les feux de la gondole de la Croce Azzura.

Je suis à cent lieues de me douter que dans quelques mois, une autre femme de noblesse russe viendra hanter mes nuits jusqu'à la fin de mes jours.
Je suis à cent lieues d’imaginer m'abîmer dans l’affaire Tarnowska


Fin




samedi 10 mars 2012

Sonia Kaliensky, favorite des Dieux...(2)



Permettez-moi ce petit capriccio
en trois billets, histoire d'alléger votre lecture.
Remontez le temps. Entrez dans la peau du vice-commissaire Spinelli.
Vous êtes de service ce mercredi 6 février 1907, fin d'après-midi.



-Qui a découvert le corps?
-Un ami de la victime, Carlos de Alazabal. Américain ou Argentin. Il attend votre inspecteur dans le bureau du directeur. Ce Carlos est venu rendre visite à sa jeune amie. N’obtenant pas de réponse, il a poussé la porte. Pris de panique, il s’est mis à crier que la dame se mourrait. La femme de chambre et un porteur ont constaté l’urgence de la situation. Un chasseur a été immédiatement envoyé à mon cabinet. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour la garder en vie. Elle s’est éteinte de longues minutes plus tard sans reprendre connaissance.
Vous désirez mon avis, Spinelli, elle ne voulait pas nous revenir.
-Suicide ?
-Cela fait peu de doute. Mais venez voir par vous-même.

Putelli m’entrouve la porte et me laisse pénétrer le premier. La pièce est sombre. De lourds rideaux de velours jaune rognent San Giorgio qui s’enfonce dans l’obscurité. Sur une duchesse brisée, une somptueuse robe moussone sous les étincelles mordorées d’une lune crue de février. A l’arrière du bas fauteuil, une grande malle.

-Voici les deux flacons de laudanum, que j’ai trouvés vides sur la table de chevet. Ils portent les étiquettes d’un pharmacien de la Piazza san Carlo de Milan. Le concierge du Danieli m’a souflé que ses effets ont été envoyés par le Grand Hôtel de Milan où elle aurait logé quelques jours. Mais je ne crois pas le laudanum responsable de sa mort. Je pencherais plutôt pour une importante absorption de morphine.
Vous m’écoutez, Spinelli?
Spinelli!

Je suis devant la jeune Sofia.
Une infinie tristesse incendie ses yeux béants. Un dernier prénom soufflé, une ultime présence réclamée ont laissé ses lèvres fragiles désaccouplées.
Elle est délicieusement belle. Ses longs cheveux blonds déliés inondent l’oreiller et déferlent sur ses épaules nues. Une légère nuisette de satin rose peine à dissimuler les pousses de ses seins en fleurs. La soie églantine me raconte des hanches nerveuses et des jambes graciles. Un pied découvert montre des ongles lissés rouges-sang.
Aucun autre ornement.
Dans le creux de sa main négligement relachée, une alliance en or avec cette simple inscription en français: “J’aime. 1 octobre 1906”.

-Les favoris des Dieux meurent jeunes, Spinelli!


A suivre ...





vendredi 9 mars 2012

Sonia Kaliensky, favorite des Dieux...(1)


Permettez-moi ce petit capriccio
en trois billets, histoire d'alléger votre lecture.
Remontez le temps. Entrez dans la peau du vice-commissaire Spinelli.
Vous êtes de service ce mercredi 6 février 1907, fin d'après-midi.

Milan.

-Il en sera selon votre désir, Mademoiselle.
Le pharmacien Sporati bien en courbettes referme la porte. Derrière la vitre de son officine, il regarde l’élégante dame blonde traverser rapidement la place San Carlo déserte et sibérienne.
-Giacomo!
-Signor Sporati?
-Prends ma pelisse et cours au Grand Hôtel.
Au portier tu remettras ce colis. Il est destiné à mademoiselle Kaliensky. Son nom est inscrit au dos de la carte.
Ne traîne pas. Je lui ai promis qu’elle aurait son achat dans l’heure.
-Est-ce la dame aux très beaux yeux qui vient de sortir, Signor Sporati?
-Oui Giacomo. C’est la dame aux yeux très beaux…
…Aux yeux très tristes, pensa le petit pharmacien.


Venise.

Le carnaval a remplacé la double porte d'acajou du Danieli par le tourniquet vitré. L’inspecteur Scarpa qui m’accueille me fait un rapide résumé de la situation. Comme je le pensais, le directeur du sélect hôtel vient immédiatement à ma rencontre.
-Commissaire Spinelli, toutes les facilités sont mises à votre disposition.
Il me saisit le bras et m’entraine furtivement dans le petit hall lambrissé de la porte d’eau.
-Mais je vous en prie. De la discrétion! Pensez à la réputation de mon hôtel.
Il regarde au dessus de mon épaule.
-Une catastrophe! Vous pensez. En plein carnaval.
Le gros homme sue encore une ou deux plaintes.
-Où se trouve la victime?
-Au premier, signor Commissaire, au premier. La mezzanine juste au-dessus de la réception. Le docteur Putelli est là qui vous attend.
Il repasse un coup de mouchoir sur son front dégarni.
-Je vous en conjure, signor Commissaire! Du doigté...du doigté!

Je monte lentement le magistral escalier de marbre et prends sur la droite la petite galerie. Coup d’oeil retenu vers le majestueux salon du rez-de-chaussée. Visiblement l’annonce du drame s’est répandue comme s’enflamme la poudre étroitement traînée. Regards travaillés pour les uns, affligés pour les autres. J’aperçois Emilio, le fouille-merde du Gazzettino qui se faufile vers la réception. Et ce pauvre directeur qui espère envoiler l’affaire!

Adossé dans l’embrasure d’une porte entrebaillée, le docteur Putelli me fatigue un sourire.
-Buona sera, Spinelli.
-Comment allez-vous, Dottore?
-Triste mercredi de carnaval, Spinelli !


A suivre ...

mercredi 18 janvier 2012

1807



Voici quelques ténèbres de l’Histoire enfin décantées. Napoléon est bien mort empoisonné à Sainte Hélène. Mais il faut vous blanchir, Gouverneur Lowe, ainsi que votre souverain George IV. Messieurs les Anglais, comment a-t-on pu vous soupçonner!

Il faut également vous innocenter, Général Montholon. L’argent et les fesses de Dame Albine ont assez embobeliné les Sherlock Holmes de tout poil.

C’est Venise qui a empoisonné le Roi d’Italie.

Si l’Aigle a terrassé le Lion, le Lion eût cependant le dernier mot. Voici en résumé ce que nous conte "1807".

Que l’historien et le scientifique se rassurent: c’est un roman.

Yves Jégo nous convie à la suite de l’Empereur lors de son unique séjour dans la Sérénissime. Du 29 novembre au 8 décembre 1807. Dix jours qui marqueront pour toujours Venise dans sa chair et dans son sang. La Dominante ne connaitra plus jamais pareille transformation.

L’intrigue est un peu faible. Le rythme trop haché.

Reste aux amoureux de Venise la bonne occasion de se repasser les faits principaux qui émaillèrent le séjour impérial et de se remémorer les changements d’ordre militaire, politique, économique, religieux et les modifications de l’espace urbain. L’opportunité en outre de croiser Paganini, la belle et mystérieuse Nahir de Lusignan et Robert Fulton, même si en cette année 1807, ce dernier a bien autre chose en tête.

Vive le protecteur du peuple! Viva il Re!

Voici donc évaporé un des mystères voilant les dernières heures de Napoléon.


Mais ce corps aux Invalides? Est-ce bien celui de l’Empereur? On raconte que sa dépouille est à Westminster. On prétend que sous le Dôme dans le sarcophage vermeil dort un certain Cipriani.

Cipriani, dites-vous !?! Un ancêtre des Cipriani? Bellini et carpaccio? Le Harry’s Bar, quoi!?!

Venise! Encore et toujours Venise!



vendredi 13 mai 2011

Que s'est-il passé, Constance ?


Le nom de Constance chez Anne-So, le nom de Henry James chez MaïtéPermettez-moi ce petit capriccio …



Si, tard le soir, vous quittez Ai Cugnai ('Pristi, il paraît que les deux soeurs ont remis l'affaire...), quelque soit votre ivresse, dirigez-vous vers la Salute, l’avant-dernier pont, celui de San Gregorio.

Oubliez la bienséance et posez le postérieur sur le garde-fou forgé de fer et d’Istrie, dos à la fondamenta Ca’Bala argentée de Pound.

Deux hommes viendront s’asseoir.

Un homme et une photo: “De longues mèches d’ébène vrillées sur l’ivoire d’une cotonnade ouvragée, le menton et le regard volontaire. Je l’ai connue très jeune, très belle.”

Un homme et le regard perdu vers la coupole de Longhena: “Maurizio et moi, un peu ivres, mesurions la calle. Une enveloppe blanche au deuxième. Un bruit sourd. Nous nous retournons: l’enveloppe blanche au sol, sans un cri. Je l’ai remontée sur sa couche. Cage d’escalier sans fin. Perle rouge au coin des lèvres, dentelle rubis à l’oreille. Ses yeux tristes et solitaires se sont accrochés aux miens. Ils se sont tus au premier cri de l’aurore.”

Que s’est-il passé, Constance?


Un malaise? Comme ils aiment à dire?

Ou pire ?


Le pire ? Une histoire d’argent?

Je n’en crois rien!


Le pire ? Horace Chase, ton dernier enfant?

Toi et tes accouchements tourmentés!


Le pire? Henry, ton seul amour?

Ne me dis pas… Je ne veux pas…


On aurait vu Henry James et ton gondolier, une soirée triste et revêche, tenter d’oublier tes effets dans les eaux noires de Venise.

Comme autant d’Ophélie, une à une , tes sombres toilettes, de lagune gonflées, sont revenues à la surface pour emprisonner sa gondole…



Constance Fenimore Woolson, écrivain, petite-nièce de James Fenimore Cooper, est retrouvée agonisante, deux étages plus bas, à l’arrière de l’appartement qu’elle occupe au palazzo Semitecolo.

Nous sommes le 24 janvier 1894, il est une heure du matin.

Accident?

Suicide?


Que s’est-il passé, Constance?


Palazzo Semitecolo


Calle del Bastion



lundi 7 mars 2011

Namouna, la plantureuse Suissesse ...

On the boat Namouna, Venice Julius LeBlanc Stewart (1890)

Port de Venise, été 1890. Le Namouna, splendide yacht du richissime homme d’affaire James Gordon Bennett Jr, jette l’ancre pour y passer l’été. A son bord, une vache. Une splendide vache venant de Suisse.

Giudecca, été 1890. Frederic Eden, propriétaire depuis six ans d’un immense jardin sur la grande île qui souligne les Zaterre, se plaint régulièrement du lait frelaté qui encombre les étals de la Sérénissime: l’eau et la farine n’ont pas leur place dans un pot à lait!

La vache du Namouna est à vendre. Eden l’achète. Il la rebaptise … Namouna.

Les mamelles de la plantureuse Suissesse s’étiolent bien vite sans la compagnie de ses anciens loups de mer. Rien n’y fait, pas même les appétissants choux et les rames de pois qui relèvent son fourrage..

Quatorze vaches, des italiennes et autrichiennes, traversent bientôt les eaux de la lagune pour rejoindre Namouna. Les unes donnent beaucoup de lait, les autres beaucoup de crème.

Les quinze pensionnaires de Frederic et Caroline Eden ne furent pas les seules à meugler à Venise. Toujours à la Giudecca, derrière le Mulino Stucky, de nombreuses étables hébergèrent près de cent cinquante laitières avant que la guerre et les frères Michele et Salvatore Scalera ne les transforment en studio de cinéma. Mais c’est une autre histoire …

Un jardin à Venise, Frederic Eden





Julius LeBlanc Stewart

James Gordon Bennett Jr



samedi 19 février 2011

Jour de pluie ...



Singularité du calendrier, le 19 février 2000 était également un samedi.

Le Queen Elisabeth II rompt l'ondulation des eaux du Pacifique.
Dans une cabine, se rompt le coeur de Hundertwasser.
L'artiste a 72 ans.

Les vénitiens se souviennent encore de son atelier flottant,
un vieux bateau le 'Regentag' amarré dans les eaux sérénissimes, en '68. Rio della Croce, à la Giudecca, il devint plus tard le propriétaire de l'habitation illustre, bénéficiant d'un large espace vert léché par la lagune, qui appartenait au début 19ème aux Eden.

"...devenir humus moi-même,
enterré nu sans cercueil,
dans ma terre de Aotearoa..."

Friendensreich Hundertwasser repose sous un tulipier dans ses terres de Nouvelle-Zélande.
































jeudi 17 février 2011

Cette nuit, évitez les lambris vermoulus du Mocenigo ...



..."Je meurs en martyr et volontairement.
Mon âme montera avec la fumée au paradis".

Giordano Bruno grimpe les degrés de l'échelle couchée sur le bûcher dressé sur le campo dei Fiori.
Solidement garrotté au fût du supplice, nombre de ses écrits aux pieds, le frate apostata da Nola di Regno subit le châtiment sourire aux lèvres.


C'est à Venise, sous la haute protection du noble Giovanni Mocenigo, que le philosophe défroqué rédigera son oeuvre. Féru de savoir, le patricien vénitien n'en livrera pas moins perfidement son protégé à la vindicte du Saint-Siège, Lequel, après de nombreuses années d'un nébuleux procès pour hérésie, le condamnera au bûcher.

Depuis 1600, tous les 17 février, le corps supplicié de Bruno déambule sous les lambris vermoulus du palazzo Mocenigo.


Siamo Veneziani poi Cristiani, ils disaient ...









mardi 15 février 2011

Aqua alta version 1340 ...


La tempête menace la ville de Venise.
Un vieux pêcheur s'abrite tant bien que mal, recroquevillé dans sa barque qui valdingue saoûle sous le pont de la Paglia.
Un homme s'approche et lui demande de l'emmener sur l'île de San Giorgio. Le ton est si péremptoire que le pêcheur s'exécute.
Sur la rive de San Giorgio monte un deuxième homme.
- A San Nicolo di Lido ! lance ce dernier.
Là-bas, un troisième homme saute dans le frêle esquif et oblige notre pêcheur à rejoindre la haute mer. Ils croisent alors un bateau chargé de démons...les responsables de cette meurtrière tempête!

Les trois passagers qui ne sont autres que Saint Marc, Georges et Nicolas foudroient la barcasse du Diable et la folie des éléments s'éteint aussitôt.
Venise est sauvée.
Pour remercier le pêcheur, Saint Marc lui confie un anneau à remettre au Doge lors du prochain Grand Conseil.

Stupeur!
L'anneau appartenait au trésor de Saint Marc et avait été dérobé mystérieusement.

Pâris Bordone s'inspira de cette légende.


Le 15 février 1340, une terrible tempête est sur le point d'emporter les terres du Lido et de Pelestrina.
C'est un miracle si Venise échappe à l'engloutissement.


mercredi 19 janvier 2011

Dans la pénombre de Sant'Elena...

Vettore Cappello et sainte Hélène (attribué à Antonio Rizzo)



Permettez-moi ce léger capriccio ...


Qu’on ne me dérange sous aucun prétexte!

Lorsque la lourde porte se referme sur lui, Vettore Cappello est pris d’un nouvel accès de fièvre. Dans un coin de l’austère chambre, les dernièrs râles d’un soleil agonisant éveillent son armure de Capitano da Mar flanquée sur un épouvantail de bois. Il soulève lentement la noble cuirasse et y plonge son regard. Les précieuses ciselures qui exaltent l’acier lui renvoient un visage braque et douloureux.

Je suis si las, si vieux! Mais regarde-toi! Pleure ton sourire depuis des lustres éteint! Et cette maudite fièvre!

Toute la journée, le vent du Péloponnèse lui a chanté les noms de sa mère, la douce Coronea et Lucia sa belle épouse. Toute la journée, l’onde instable de la Morée lui a fait miroiter le visage de ses six enfants. Ah, le délicat sourire de l’ainée de ses filles, Elena, à qui il a donné le nom de sa sainte protectrice. Toute la journée, il s’est revu au pied de Cristoforo Moro lui offrant le chef sacré de Saint Georges.

A l’aube du 13 mars 1467, inquiet, l’aide de camp de Vettore ordonne d’enfoncer les portes de la chambre de son maître.

Cappello, revêtu de sa prestigieuse parure militaire, est légèrement incliné sur son prie-dieu, un genou à terre, le corps sans vie.

Un sourire radieux enflamme ses lèvres.

Dans la main gauche l’icône d'Hélène la Sainte…








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