lundi 3 avril 2017

Où pourrait-on être mieux que le dos à ce marteau de bronze et les semelles à votre sol, ô Zattere?


Deux trois billets pour autant de flâneries entre les tombes de San Michele, l'occasion d'exhumer quelques personnages 
dont les noms ont été effacés de la pierre de toute mémoire.


Ekaterina Potemkine vivait sur les Zattere au 1397 dans le Dorsoduro.
Si le numéro civique est resté inchangé, 
elle résidait donc au Palazzo Clary.


...vieux palais dont le marteau de porte est un Neptune de bronze qui dompte des chevaux marins......C'est là, je crois bien que j'irai m'adosser pour fumer un de ces âcres et minces cigares
que l'on coupe de l'ongle par le milieu avant d'en allumer une moitié...

Henri de Régnier -  Esquisses Vénitiennes - 1906

...le palais Clary avec son beau marteau de porte en bronze où est figuré un Neptune...
Henri de Régnier - La Vie Vénitienne - 1929


1920
Ekaterina est-elle présente quand la propriété de la famille Clary-Aldringen est sévèrement endommagée par un incendie?

1930
Le jeudi 9 janvier, selon le rite funéraire, l'Archimandrite Irénée Keladis accompagne cet ange de délicatesse en sa dernière demeure.


Caterina Potiemkine
aimait Dieu, son prochain,
la poésie.
Elle était un ange de douceur
née à Saint Pétersbourg le 20 novembre 1875
54 ans 





 

lundi 17 juin 2013

Nous étions faits l'un pour l'autre...

Deux trois billets pour autant de flâneries entre les tombes de San Michele, l'occasion d'exhumer quelques personnages dont les noms ont été effacés de la pierre de toute mémoire.



Près de leur lieu d’origine, mais visiblement dérangées, quelques pierres tombales ont été adossées ou enchatonnées sur la brique sanguine de l’enceinte de Fornicelli. En face d’un peintre belge, à côté d’un ange aux lauriers couronnant un Carlo bien trop empesé, non loin d’un temple grec et de la colonne brisée de Giovanna, la stèle de Ermance-Catherine et Bartholomée. Les époux Stürmer décédés à dix jours d’intervalle. Parfum léger d’Istanboul. Emanation plus lourde de l’île de Saint Hélène.

Juin 1815. Les plaines de Waterloo forcent Napoléon à abdiquer. L’empereur déchu confie son destin à l’Angleterre. Le Northumberland le déporte sur l’île de Sainte Hélène. La convention du 2 août demande aux cours impériales de Russie et d’Autriche, à la cour royale de Prusse et à la France de mander des commissaires chargés de s’assurer de la présence du désormais Général Bonaparte. La Prusse décline l’offre.

Metternich propose Stürmer pour représenter l’Autriche.*
Le couple Stürmer débarque à Sainte Hélène le 17 juin 1816 et quitte l’île le 11 juillet 1818. Le commissaire autrichien ainsi que ses collègues russe et français ne rencontreront jamais Napoléon. Leur présence gène les Anglais. On les considère comme des espions. De son côté, Napoléon proteste contre la convention du 2 août et renonce à les rencontrer. “... Il irait même à tirer un coup de pistolet à qui franchirait la porte…

La mission des commissaires est un échec. Ils ne peuvent que transmettre les bulletins de santé de l’illustre prisonnier: “Bonaparte mange beaucoup, engraisse à vue d’oeil et ne fait pas d’exercice…On ne l’aperçoit que trop rarement, se promenant à pied devant sa maison…Nous savons si peu sur ce qui se passe à Longwood, que je n’ai même pas la satisfaction de mander à Votre Altesse une seule anecdote… Cette mission est ingrate et pénible… tous les dégoûts que j’y éprouve… Le rôle qu’on nous fait jouer devient humiliant.

Heureusement la présence de son épouse française Ermance-Catherine “... embellit mon existence. Sans une pareille compagne, la mélancolie m’aurait déjà accablé de tout son poids et je n’aurais pu arriver au terme prescrit pour mon séjour ici sans succomber.

Au soir du 11 juillet 1818, au plus grand plaisir des autorités anglaises, le couple Stürmer quitte Sainte Hélène salué par les treize coups de canon des batteries de l’île et autant de celles du Northumberland, le même navire qui amena Napoléon.

Les années passent et après une existence dévouée à la cour d’Autriche, les Stürmer portent leurs pas à Venise. Bartholomée achète en 1852 à Valentino Cornello le palazzo Coccina Tiepolo où il demeure jusqu’à sa mort, le 8 juillet 1863. Bartholomée s’éteint dix jours à peine après la disparition de son aimable et spirituelle** épouse. Leur demeure devient alors le palazzo Coccina Tiepolo Papadopoli.

Nous étions faits l’un pour l’autre, et jamais union ne fut plus heureuse…

Pour en savoir plus, voici rassemblés les rapports officiels du Commissaire du Gouvernement autrichien, le Baron Stürmer: Napoléon à Sainte Hélène.

**Duc de Raguse




le Conte Bartholomée de Stürmer 







dimanche 24 février 2013

...Chanson de naguère, celle du temps où il s'appelait Jacky...



Palazzo Tiepolo Coccina Papadopoli.
Dans le jardin qui marivaude avec le Grand Canal, repose Jacky.
Souvenir dans le marbre gravé des cinq premiers vers qui chantent encore Boatswain, le terre-neuve de Lord Byron.
Hier, j'aimais à penser que Jacky fût le compagnon du fils de Giberto Arrivabene, le sénateur.

Leonardo a quinze ans à la naissance de Jacky.
Byron a quinze ans à la naissance de Boatswain.

Aujourd'hui, tristement, je sais Leonardo hors de cause.

Dans les ruines de Newstead, là où pontifiait le maître-autel de l'abbaye, Byron élève en souvenir de son chien une sépulture de pierre. Les seuls travaux effectués en ces lieux par le poète alors endetté.
Si les premiers vers sont aujourd'hui attribués à son ami John Hobhouse, le reste de l'épitaphe a bien été buriné par le coeur du pélerin.

"Vous qui par hasard, contemplez cette urne sobre
Passez...Vos pleurs n'honorent aucun des vôtres
Ces pierres se dressent là pour les cendres d'un ami.
Je n'en connu qu'un seul: il repose ici."


En 1811, Byron pose la volonté d'être couché au côté de son fidèle ami.
... enterré sans aucun service funèbre et sans inscription, 
sauf mon nom et mon âge...

Quand son corps sans vie s'en revient de Missolonghi avec Lyon son dernier chien, oreilles au vent à la proue du Florida, Westminster le refuse.
Newstead Abbey également en raison du nouveau propriétaire.

J'aime à penser le souvenir de Jacky résister aux actuels travaux qui troublent le séculaire palazzo Papadopoli...


  Boatswain, Clifton Tomson

Sépulture de Boatswain, photo de Roy Pledger
                                                     
Epitaph to a dog

Newstead Abbey


The dream, Ford Madox Brown
Mary Chaworth, Byron et Boatswain


samedi 9 février 2013

Laissez toute espérance, vous qui entrez...


La barque de Dante
Georgy Frangulyan

L'éternel feu ... qui ronge ses entrailles,
de la cité terrible a rougi les murailles
Ainsi que tu le vois dans ce profond Enfer

La muraille d'Annibale Forcellini...

Mon fils ...
...ceux qui meurent dans la colère de Dieu
tous arrivent ici de tous pays



La barque de Dante
bronze
2007
plateforme flottante
canale San Cristoforo
Georgy Frangulyan
artiste russe
Croix d'Or







mercredi 12 décembre 2012

Rallye 2012-2013 du Campiello

Shot and Dawn Memory *


Le Tableau

Il est à Venise ... une porte prodigieuse!


Boezinge, cavée des mûriers, dimanche 25 octobre 1914.**

Le colonel Swolfs, passablement éméché, recommençe ses invectives à l’arrivée du brancard sur lequel gît le soldat Rathe, la jambe gauche brisée par la mitraille allemande.

-Prend mon révolver, lâche, et brûle-toi la cervelle s’il te reste un rien de dignité.

-Je n’ai que faire de votre arme.
 Je suis innocent!

Deux jours plutôt, un conseil de guerre expéditif a condamné à mort le soldat Petrus Rathe, originaire de Damme, convaincu à la diable de s’être rendu sans raison à l’ennemi, et ce malgré son éprouvante évasion. Fusillé pour l’exemple, avait hurlé le colonel Swolfs.

-Tu mourras donc comme un lâche.
 Sergent, emmenez ce traître à la dix-septième trogne de la cavée!

Deux infirmiers soulèvent le douloureux bard. L’intolérable cortège s’engouffre dans la cavée. A la hauteur du dix-septième mûrier, l’aumonier militaire et douze hommes sortent d’un bosquet décharné.

-Colonel, la blessure du soldat Rathe le rend incapable de se tenir debout, s’inquiète l’abbé Nelissen.
-Ficelez-le à son brancard et dressez le tout contre ce tronc. Qu’on en finisse au plus vite, Messieurs!

Les brancardiers garrottent le blessé avec les courroies de la civière et adossent l’absurde montage à la dix-septième trogne de la cavée des mûriers.
Malgré la douleur qui lui vrille tout le côté gauche, Petrus Rathe, les yeux maintenant bandés, une petite étoffe d’un blanc douteux fixé à la hauteur du coeur, réclame l’abbé Nelissen.
Par deux fois, le colonel Swolfs empêche le prêtre de rejoindre le condamné. Et puis subitement, dans une roulée d’injures, il pousse l’homme de Dieu vers Rathe:

-Hâtez-vous, l’Abbé, si vous ne voulez pas prendre une balle perdue!

L’aumonier en pleurs tremble un crucifix de nacre et toussaille une maladroite prière aux agonisants.

-Votre âme à Dieu, Petrus.
-Mon Père, ils comprendront bien vite leur erreur. Je suis innocent. J’ai fait mon devoir. Allez trouver mes parents. Racontez-leur. Remettez-leur la lettre d’adieu que je vous ai confiée hier.
-Ecartez-vous Nelissen! Mes hommes ont l’arme en joue, vocifère alors le colonel Swolfs.

La folie des hommes déloge brutalement une trentaine de merles de la charmille flétrie.
Une petite étoffe d’un rouge douteux se ventrouille au pied de la dix-septième trogne de la cavée des mûriers.


Quelques craquantes croquettes aux crevettes grises de Zeebrugge, une platée d'anguilles au vert, un quartier de Roquefort embué des Premières Brumes de Closiot.
Une tripel Karmeliet, liquide orange safrané dans son calice de verre au cul orné de fleurs de lys... 

Le Rallye 2012-2013 du Campiello c'est ce vendredi soir, c'est ici. 


** Histoire romancée, basée sur des faits malheureusement réels ...



lundi 3 septembre 2012

Cherchez l'erreur...



Reproduction du monument équestre à Vittorio Emanuele II sur la piazzetta dei Leoncini en 1886.

Giovanni Battista Brusa

mardi 28 août 2012

Callipyge Fortuna


"Construction barbare de la Renaissance grotesque intéressante par sa situation. La statue de la Fortune formant la girouette, debout sur le monde, donne une juste idée des conceptions du temps et des espérances et des principes des derniers jours de Venise."
John Ruskin




Fortune fessue,
pulpeuse girouette:
versatile, charnue,
indécise, rondelette.



jeudi 29 mars 2012

...et ils l'ont tué

Permettez-moi ce léger capriccio pour Ezra Pound et l'hieratic head de Gaudier Brzeska


252
Calle Querini.
Rio della Fornace.
L’ambulance patiente.
Les infirmiers ronronnent.
Pound a décliné la civière.
Sans faux pas,
canne au poignet.
L’Ospedale San Giovanni e Paolo.
Minuit.



San Giorgio Maggiore, 1972.
Trois novembre soleilleux.
Bénédiction.
Saint Benoît,
choeur de bois;
chef argentin,
Georges le Saint.

Ta gondole en fleurs
le bacino en lenteur.
Absolution.
From boat to boat est ailleurs.
Le ponte dei morti
d’Italo ton ami,
n’est plus le porte-à-porte
des âmes et feuilles-mortes.



Dans les jardins de San Giorgio Maggiore,
la tête du poète.
Signée Isamu Noguchi.
Copie de l’oeuvre de Henri Gaudier-Brzeska.

Gaudier, Noguchi
...Vénitiens collatéraux


Henri Gaudier y est allé,
et ils l’ont tué,
Et ils ont tué une grande part de la sculpture…
(Canto 16)


Henri Gaudier-Brzeska
Ponte dei Morti


http://blog.tate.org.uk/?p=6180


dimanche 11 mars 2012

Sonia Kaliensky, favorite des Dieux...(3 et fin)

Permettez-moi ce petit capriccio
en trois billets, histoire d'alléger votre lecture.
Remontez le temps. Entrez dans la peau du vice-commissaire Spinelli.
Vous êtes de service ce mercredi 6 février 1907, fin d'après-midi.



-Vous dites, Dottore?
-Je vous disais que ceux qui disparaissent dans la fleur de l’age sont les préférés des Dieux.
-Je ne vous savais pas familier d'Homère.
Pouvez-vous lui clore les paupières et m’aider à redresser la malheureuse. Il me semble qu’il y a quelque chose sous sa hanche droite. Une poupée...
Une petite poupée vêtue de rose.
-Dans le monde parisien, cette particularité porte un sens bien précis interrompt alors l’inspecteur Scarpa entré silencieusement dans la chambre.
-Un sens bien précis?
-C’est du moins ce que m’a affirmé Alazabal. Il reste encore quelques jours à Venise. Le temps du carnaval. A votre disposition, si besoin est.
Autre chose, Commissaire. Les brancardiers de la Croce Azzura demandent la permission d’enlever le corps pour la mortuaire.
-Très bien. Faites-les entrer, Scarpa. Qu’ils recouvrent la petite avec le peignoir peloté au bout du lit.
-Tenez, Spinelli, ce petit sac à main enfoui sous l’oreiller.
-Faites voir, Dottore. Une clé. Vraisemblablement celle de la malle. Plus intéressant, ce billet: “Pepi Strega, gondola 128, San Marco”.
-Commissaire, il y a là sur l'athénienne ce télégramme en français, adressé à une certaine Signorina Vieste, résidant à Dresde. Egalement ces deux lettres: une pour un baron Bruelberg à Stockholm et l’autre pour le consulat de Russie. Elle implore le Consul de prévenir sa mère de sa mort. Per amore ... pour un amoureux bien connu d’elle, a-t-elle écrit. Et voici une photo. Probablement celle de l’homme responsable de ce beau gâchis.
-Montrez voir Scarpa.
Si vous en avez terminé ici, faites mander Monsieur le Consul De Soundy et retrouvez-moi ce Strega. Même si l'affaire semble évidente, ce gondolier pourra peut-être nous en dire davantage.
-A vos ordres, Commissaire!

Je me dirige vers la fenêtre.

L’homme de la photo est élégant. Le teint ardent. Les yeux de bistre. La moustache souriante. Une signature: Eduardo Garcio.

San Giorgio Maggiore a disparu. Quelques fanaux s’agitent et se croisent sur les eaux du Baccino. En bas sur le quai, j’aperçois les brancardiers quittant le Danieli. A peine si quelques badauds jettent un regard distrait sur la civière recouverte du peignoir de Sofia Kaliensky, noble russe de vingt et un an.

Je reste là, roide.
La nuit drape à présent entièrement les feux de la gondole de la Croce Azzura.

Je suis à cent lieues de me douter que dans quelques mois, une autre femme de noblesse russe viendra hanter mes nuits jusqu'à la fin de mes jours.
Je suis à cent lieues d’imaginer m'abîmer dans l’affaire Tarnowska


Fin




samedi 10 mars 2012

Sonia Kaliensky, favorite des Dieux...(2)



Permettez-moi ce petit capriccio
en trois billets, histoire d'alléger votre lecture.
Remontez le temps. Entrez dans la peau du vice-commissaire Spinelli.
Vous êtes de service ce mercredi 6 février 1907, fin d'après-midi.



-Qui a découvert le corps?
-Un ami de la victime, Carlos de Alazabal. Américain ou Argentin. Il attend votre inspecteur dans le bureau du directeur. Ce Carlos est venu rendre visite à sa jeune amie. N’obtenant pas de réponse, il a poussé la porte. Pris de panique, il s’est mis à crier que la dame se mourrait. La femme de chambre et un porteur ont constaté l’urgence de la situation. Un chasseur a été immédiatement envoyé à mon cabinet. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour la garder en vie. Elle s’est éteinte de longues minutes plus tard sans reprendre connaissance.
Vous désirez mon avis, Spinelli, elle ne voulait pas nous revenir.
-Suicide ?
-Cela fait peu de doute. Mais venez voir par vous-même.

Putelli m’entrouve la porte et me laisse pénétrer le premier. La pièce est sombre. De lourds rideaux de velours jaune rognent San Giorgio qui s’enfonce dans l’obscurité. Sur une duchesse brisée, une somptueuse robe moussone sous les étincelles mordorées d’une lune crue de février. A l’arrière du bas fauteuil, une grande malle.

-Voici les deux flacons de laudanum, que j’ai trouvés vides sur la table de chevet. Ils portent les étiquettes d’un pharmacien de la Piazza san Carlo de Milan. Le concierge du Danieli m’a souflé que ses effets ont été envoyés par le Grand Hôtel de Milan où elle aurait logé quelques jours. Mais je ne crois pas le laudanum responsable de sa mort. Je pencherais plutôt pour une importante absorption de morphine.
Vous m’écoutez, Spinelli?
Spinelli!

Je suis devant la jeune Sofia.
Une infinie tristesse incendie ses yeux béants. Un dernier prénom soufflé, une ultime présence réclamée ont laissé ses lèvres fragiles désaccouplées.
Elle est délicieusement belle. Ses longs cheveux blonds déliés inondent l’oreiller et déferlent sur ses épaules nues. Une légère nuisette de satin rose peine à dissimuler les pousses de ses seins en fleurs. La soie églantine me raconte des hanches nerveuses et des jambes graciles. Un pied découvert montre des ongles lissés rouges-sang.
Aucun autre ornement.
Dans le creux de sa main négligement relachée, une alliance en or avec cette simple inscription en français: “J’aime. 1 octobre 1906”.

-Les favoris des Dieux meurent jeunes, Spinelli!


A suivre ...





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