dimanche 16 janvier 2011

Jean ruisselant d'or liquide ...



Ce lundi 3 janvier, je décide de rejoindre seul Sainte Hélène et Vittore Capello à ses genoux.

Je quitte le Chiodo vers les 16h15 pour me rendre aux fondamente Nuove. Après Santa Caterina, j’aime alors éluder la place dei Gesuiti pour le petit campo surélevé delle Candele. Après, c’est tout droit, calle dei Consorti. A la trouée dei Crociferi, le soleil m’offre un étonnant spectacle : la Vierge des Gesuiti est en flamme, saint Jean ruisselle d’or liquide. Un apôtre aux traits bien féminins…

Baudelaire n’est pas loin …

« Dans les jeux de ce soleil agonisant, certains esprits poétiques trouveront des délices nouvelles ; ils y découvriront des colonnades éblouissantes, des cascades de métal fondu, des paradis de feu, une splendeur triste, la volupté du regret, toutes les magies du rêve, tous les souvenirs de l'opium. Et le coucher du soleil leur apparaîtra en effet comme la merveilleuse allégorie d'une âme chargée de vie, qui descend derrière l'horizon avec une magnifique provision de pensées et de rêves. »









samedi 15 janvier 2011

A titre de possession pour l'Eternité...

Quatre petits billets, quatre grandes lignes et quelques écrivains pour vous donner l'envie de franchir le seuil de la "Maison des Vivants à San Nicolo au Lido. Le quatrième. Le dernier ?

“En remontant vers la crête du Lido, on se sent attiré par l’aspect d’un bosquet de chênes. On croirait, au premier abord, que cet endroit, favorable à la volupté, ne renferme d’autres mystères que ceux du plaisir; il est consacré aux mystères de la mort. Un grand nombres de tombes éparses, chargées de caractères singuliers et innintelligibles pour la plupart des promeneurs, semble annoncer la dernière demeure d’un peuple effacé de la Terre, qui n’a point laissé d’autres monuments…

Ces lettres inconnues sont empruntées à la langue d’une nation … qui vit séparée des hommes, au milieu des hommes avec lesquels elle n’a pas même le droit de mêler sa poussière.

C’est le cimetière des juifs. “ (Charles Nodier, Jean Sbogar 1818)

La pierre de Leon de Modène

L’épitaphe de Leon de Modène:

“Quatre brasses de terrain dans cet espace clos,

à titre de possession pour l’éternité

furent aquises d'En-Haut

pour Jehuda Leone da Modena…

Sois bienveillant à son égard, Seigneur et accorde-lui la paix.”


Esclave du jeu, Leon de Modène s'éteint dans un profond dénuement. La communauté réunit les fonds pour son enterrement.

" à titre de possession pour l'éternité ...aquises d'En-Haut " voilà bien quatre brasses de terrain que Leon ne jouera pas aux dés ...









vendredi 14 janvier 2011

Sautant de tombe en tombe...

Quatre petits billets, quatre grandes lignes et quelques écrivains pour vous donner l'envie de franchir le seuil de la "Maison des Vivants à San Nicolo au Lido. Un troisième.


“En débarquant au Lido, elle (George Sand) se remit à courir, sautant de tombe en tombe dans le cimetière des Juifs. Je la suivais et je sautais comme elle. Enfin elle s’assit épuisée sur une pierre sépulcrale. De rage et de dépit, elle se mit à pleurer…”(Musset)


Divisé en parcelles, permettant à chaque nation ses rites et ses symboles, le champs de repos ne fera que croître jusqu’en 1641. S’ensuit une longue politique et géographique érosion.

Entre 1671 et 1675, la menace du Turc: les “activités” du cimetière sont suspendues pour permettre certaines fortifications.

Début XIXème, domination française: les murs d’enceinte sont jetés à bas, les pierres tombales couchées, les tombes nivelées pour “ qu’elles ne pussent pas servir d’abri contre les batteries du Lido, sous le feu desquelles elles étaient placées.”

En 1883, est érigé au centre du cimetière l’obélisque qui rivalise toujours avec les cyprès.

Entre 1925 et 1930, de grands travaux de restauration voient le jour au Lido: une parcelle du champs des morts fait place à un champs de tir et là où les tombes flirtaient encore avec les eaux sérénissimes, une strada lungo la laguna est aménagée. Durant les travaux, 200 tombes et stèles affleurent le souvenir et sont éparpillées dans la partie restante du cimetière. Armoiries, blasons, symboles, motifs bibliques…Tour, ours, galinacé, vigne, soleil, harpe, noeud indissoluble. La fosse commune avec pour seule inscription “1631 hebrei”, année de la peste.











Obélisque érigé en 1883

jeudi 13 janvier 2011

Violante m'attendait depuis 398 ans ...

Quatre petits billets, quatre grandes lignes et quelques écrivains pour vous donner l'envie de franchir le seuil de la "Maison des Vivants à San Nicolo au Lido. Un second.


“Je trébuchais parmi les pierres sépulcrales: j’étais dans un cimetière sans clôture où jadis on avait jeté les enfants de Judas. Les pierres portaient des inscriptions en hébreu: une des dates est de l’an 1435 et ce n’est pas la plus ancienne. La défunte juive s’appelait Violante; elle m’attendait depuis 398 ans, pour lire son nom et le révéler…

...heureuse la juive inconnue dont la tombe voit passer l’oiseau marin, si elle n’a pas eu de fils …” (Chateaubriand)


Le 25 septembre 1386, la Seigneurie, via la Magistrature del Piovego, attribue quelques arpents de la terre sablonneuse du Lido à Salomon de Santa Sofia et Crisante de Sant’Appolinario,représentants de la communauté juive.

Une surface de 22 mètres de long et 10 de large de terre non cultivée et désertique comme champs de repos pour la communauté ébraïque de Venise. Les moines bénédictins de San Nicolo, voisins immédiats du terrain vague, en réclament la propriété et portent l’affaire en justice. Il faut attendre le 27 février 1389 pour mettre fin au litige.

Le cimetière sera délimité et protégé par une palissade de bois.

“1389”, quatre chiffres gravés sur la plus ancienne pierre conservée dans le petit oratoire du nouveau cimetière juif construit un peu plus loin.












mercredi 12 janvier 2011

Reviens, reviens ô Sulamiote ...

Quatre petits billets, quatre grandes lignes et quelques écrivains pour vous donner l'envie de franchir le seuil de la "Maison des Vivants à San Nicolo au Lido. Un premier.

“Notre promenade s’étendait le long de la mer, à partir du cimetière, que les tombes et les pierres brisées ne rendaient nullement commode pour les chevaux.” (Thomas Moore, Mémoires de Lord Byron)

Derrière la double grille, quelques 1200 tombes. Stèles de marbre, cercueils de pierre. Quelques unes couchées à même le sol. Les autres plantées sévères comme le campanile de Marc ou inclinées à l’instar de la tour de Burano, d’autres encore alignées le long des quatre murs de briques rouges.

Le dernier repos pour la poétesse Sara Coppio Sullam, poètesse“d’une extrême beauté, aux cheveux blonds et au regard doux…”:

Ci-gît l’estimable Sara
épouse du vivant
Jacob Sullam:
l’ange exterminateur décocha son dard
et le blessa mortellement.
Sage entre toutes les femmes,
soutien des gens sans réconfort,
les miséreux trouvaient en elle une compagnie, une amie,
à présent irrémédiablement proie des vers,
le jour prédestiné Dieu dira pourtant, dans sa bonté:
reviens, reviens ô Sulamiote.
Elle cessa de vivre le sixième jour
5 adar 5401 de l’ère juive.
Puisse son âme jouir de la beatitude éternelle.


A suivre ...









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